Bric à touffe

14.10.08

Petit pantin de bois

Il était une jeune fille qui ne voulait pas grandir. Mais un beau jour, le temps la rattrapa. Pauvre petite chose assise par terre, trainée de main en main, ballotée de coeur en coeur, tel un signe diacritique perdu entre les mots.

Petite marionnette, elle venait de quitter un maître pour qui elle avait donné le meilleur de son être. Usée de toute part, les articulations rouillées, les cheveux en pagaille, sa robe déchirée, elle était assise dans un coin d'une pièce. Le regard vide, elle fixait le plafond attendant qu'on la prenne de nouveau. Une petite fille passa dans la pièce et l'a prise par la main. Elle traversa Paris, découvrant la nuit et une Tour telle un phare éclairant l'obscur. La petite fille rentra chez elle, un immeuble non loin du phare. D'autres enfants étaient là aussi. On joua. On parla. On but. Elle était usée, mais moins rouillée. Sa robe était remise en place. Ses cheveux étaient coiffés. Puis on l'a pris dans des bras. Petite poupée de bois, elle devint l'objet d'attention du petit garçon. Petite poupée de bois, elle devenait une petite fille succombant au charme d'un petit garçon. Petite poupée de bois, elle passa d'une main de fer à un gant de velours. Petite fille nouvelle, elle se prit dans les filets de l'affection sans limite. Une robe est si vite défaite. L'huile coule si facilement dans les veines. Les cheveux se délaissent si aisément. Une nuit dans un nouveau berceau, et la petite fille reprend le flambeau. Flambeau d'une femme qu'elle doit devenir aujourd'hui.

De petite poupée de bois, de petite fillette nouvelle, le passage à jeune femme est difficile.
De bras en bras elle est passée. Aujourd'hui elle est trépassée.
De mains en mains elle est tenue. Aujourd'hui elle est dépourvu.

Petit pantin de bois à jamais laissé de coté par des rudes amants toujours aimants.


Si une fée venait à passer, qu'elle déverse sur la poupée la promesse d'une vie simplifiée.

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